19 novembre 2006

Kaga Tondo

Il est 5 heures du matin. Le réveil sonne. Je le coupe immédiatement. Sans faire de bruit pour ne pas éveiller les autres, je m’habille et quitte la case. J’enfile mon baudrier. Je prends sur mon dos le petit sac avec les trois grandes bouteilles d’eau et par-dessus, les deux cordes de 50 mètres. La nuit est encore bien installée. C’est un rayon de lune bleuté qui inonde le désert et me donne assez de clarté pour traverser le village. A grande enjambée, je rejoins le camping municipal tenu par Yunduré. Je le connais un peu. Après chaque escalade à la Main de Fatma, nous avons pris l’habitude de nous y arrêter pour boire un coca.Avec Élie, à la grande table, il y a deux autres grimpeurs. Un guide français et son client. Ils m’expliquent qu’ils veulent faire l’Éperon Nord aussi. On ne sera donc pas seul dans la voie. Un biscuit et un reste de café, feront office de déjeuner. Dans ce silence qui ne cesse pas, nous nous mettons en route. Nous empruntons le chemin empierré que les villageois ont aménagé sur la proposition de Salva. Au pied du rocher, je repère un bois fiché dans une fissure. Je reconnais l’endroit. Bernard m’en a parlé, c’est le départ de la voie.La lune est de l’autre côté du Kaga Tondo et ne nous éclaire plus. Élie démarre. Je vois disparaître dans la nuit le rayon de lumière de sa frontale. J’entends qu’il place les premiers coinceurs. C’est parti ! Je suis rejoins par les Français. Le guide est content que nous ayons trouvé l’attaque. Pour la deuxième longueur, je laisse repartir mon coéquipier. Je suis impressionné par le niveau de ce jeune champion suisse. Élie Chevieux est un des rares compétiteurs à avoir fait du 8b+ à vue. Je le connais seulement depuis la veille au soir. Il était au Bénin pour une association humanitaire. Il est venu au Mali en bus local. Élie se perd un peu. L’autre cordé nous dépasse. Ils ont plus de chance dans l’itinéraire. La longueur est soutenue. Nous sommes de nouveau devant. Je suis parfaitement en confiance et mon coéquipier aussi. Les friends et coinceurs trouvent aisément place sur le grés du Mali. Il est à la fois compact et hyper fissuré dans tous les sens. Malgré une escalade dense un niveau homogène, nous avançons rapidement. Sous le deuxième gendarme. Élie me rappelle qu’il faut le contourner. C’est la traversée Pujos. Je prends conscience que la principale difficulté n’est pas le niveau d’escalade mais bien le cheminement. Arrivé à ce que je crois être la fin de la traversée, je fais relais et fais monter mon coéquipier. Je vois à sa grimace qu’il est dubitatif. Mais vite, son sourire reparaît. Il comprend que j’ai trouvé le bon cheminement. Nous pouvons de cet endroit deviner aisément la suite du parcours. Il repart.Nous trouvons quelques pitons et même un spit dans les deux dernières longueurs. Il s’agit du « crux » de la voie. Élie me rejoignent au sommet. Nous sommes contents et fiers de nous retrouver au sommet de ce prestigieux menhir géant de 600 mètres. Élie me sert la main. Quelques photos et c’est la recherche des rappels sur la face sud. Ils s’enchaînent facilement. C’est le travail de Salva. De petites désescalades sont assurées par des petits câbles styles « via ferrata » pour amenés au rappel suivant. Du très beau travail ! Bravo Salva !Bravo le Kaga ! Bravo le Mali !002_NC_2_redimensionner001_NC_2_redimensionner003_NC_2_redimensionner004_NC_2_redimensionner008_NC_2_redimensionner009_NC_2_redimensionner

13:59 Écrit par Xavier Bonjean | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |